Depuis 2024, je me suis mise à collectionner des appareils photos argentiques, un peu sans préférence. J’ai d’abord été initiée magnifiquement par un autre collectionneur (à découvrir ici). Pour moi, l’intérêt est de les tester, de voir s’ils sont toujours en fonctionnement, et ce qu’ils donnent. J’aime les surprises ! J’ai commencé en shooting au studio avec des modèles, puis en extérieur au cours de voyages. Je vous présente tout cela sur l’article dédié.
Puis, j’ai vite senti que j’étais plus attirée par les appareils photos moyen format avec la visée par le dessus. Michel avait commencé à me prêter quelques spécimens de sa collection, dont deux Rolleiflex. J’ai tout de suite accroché. Rien que l’image à travers la visée me transporte dans le passé et j’adore ça. J’ai donc mis une alerte sur LBC du genre « appareil photo moyen format TLR ».
Et un jour, je tombe sur le Flexaret dans un magazine. D’origine tchèque (par un aïeul vers 1800), c’était évident que je devais m’y intéresser. J’en achète un, puis je découvre qu’il y a des variantes multiples. Et je me mets en quête de tous en avoir un exemplaire. La collection est donc en cours mais déjà bien fournie, et je les teste.

Meopta – Flexaret II (1945-1950)
Le Flexaret II est un témoin privilégié de l’histoire photographique tchécoslovaque. Fabriqué par Meopta (anciennement Optikotechna), c’est une alternative robuste et attachante aux célèbres Rolleiflex. Moins luxueux, certes, mais doté d’une optique au caractère bien trempé, il est parfait pour s’initier au format carré sans se ruiner.

Voici ce qu’il faut savoir sur ce boîtier :
ID & Origine
- Modèle : Flexaret II.
- Fabricant : Meopta (Přerov, Tchécoslovaquie).
- Année de production : À partir de 1945 jusqu’au début des années 50 (le modèle II succède au Flexaret I de 1939).
- Type : Reflex bi-objectif (TLR – Twin Lens Reflex).
L’Œil (L’optique)
Ce modèle est équipé d’un duo d’objectifs typique de l’époque :
- Objectif de prise de vue (bas) :Meopta Mirar 80mm f/4.5.
- Le rendu : C’est un triplet (3 lentilles). À pleine ouverture (f/4.5), il offre un piqué doux, presque onirique, idéal pour des portraits vintage. Il devient bien plus net dès qu’on ferme à f/8 ou f/11.
- Objectif de visée (haut) :Anastigmat 80mm f/3.
- Pourquoi f/3 ? L’objectif de visée est plus lumineux que celui de prise de vue pour vous aider à faire la mise au point plus facilement sur le dépoli, même en basse lumière.
La Mécanique
- Obturateur : Central, modèle Prontor-S
- Vitesses : De 1 seconde à 1/250ème + Pose B (Bulb) pour les longues expositions.
- Mise au point : C’est la particularité des Flexaret ! Elle se fait via un levier frontal situé sous les objectifs (et non sur le côté comme les Rolleiflex). C’est un système hélicoïdal très fluide.
- Distance mini : Environ 1 mètre.
Utilisation & Film
- Format de film : 120 (toujours disponible dans le commerce).
- Négatif : 6×6 cm (12 vues par pellicule).
- Avancement : Manuel par molette (le gros bouton sur le côté).
- Compteur de vues : Sur le Flexaret II, il n’y a pas de compteur mécanique complexe. On surveille l’avancement du film via la petite fenêtre rouge (inactinique) située au dos de l’appareil. C’est l’école de la patience !
Petite astuce : Comme la visée se fait par le dessus (visée poitrine), l’image est inversée horizontalement. Si votre sujet part à droite, il ira à gauche sur votre écran ! Une petite gymnastique qui force à composer ses images avec plus de soin.
Résultats de mes tests
#1 : novembre 2025 à l’aube – Normandie – Pellicule Kodak New Portra 160 iso couleurs périmée 2015





#2 : novembre 2025 – Normandie – Pellicule Kodak New Portra 160 iso couleurs périmée 2023



#3 : novembre 2025 – Normandie – Pellicule Ilford FP4 125 iso noir et blanc périmée 2000 (dont 3 autoportraits pour tester le minuteur incorporé)






L’autoportrait est un fil rouge dans mon travail de photographe, une manière d’explorer l’image de soi qui dépasse le cadre de cette seule séance au Flexaret. Si cette thématique vous intéresse et que vous êtes curieux de découvrir mes autres séries (et mes autres approches, argentiques ou non), je vous invite à poursuivre la visite sur mon article dédié à l’autoportrait.
Meopta – Flexaret IIa (1948)
Le modèle Flexaret IIa, produit aux alentours de 1948, se distingue de son prédécesseur par une évolution invisible au premier coup d’œil, mais cruciale pour la mécanique. Si le châssis, l’optique de prise de vue (Mirar 80mm f/4.5) et le système de mise au point par levier restent identiques, le changement se situe au niveau de l’obturateur.
Là où le Flexaret II montait généralement un obturateur allemand Prontor-S, le modèle IIa marque souvent l’arrivée de l’obturateur Metax (de fabrication tchécoslovaque) ou d’une version plus évoluée du Prontor (Prontor-SVS). C’est un pas de plus vers l’autonomie industrielle de Meopta. Notez que comme le modèle II, le IIa reste dépourvu de compteur de vues mécanique : l’avancement du film se surveille toujours via la fenêtre rouge au dos du boîtier.

#1 : septembre 2025 – Normandie – Un week-end pour découvrir Granville – Pellicule Ilford FP4 nb iso 125 périmée 11/23










Toutes les photographies argentiques sont tirées par le laboratoire photo de Jean-Luc Denoix à Saint-Mandé dans le Val de Marne (94), chez AJL Photos. Je le recommande aussi pour les tirages papier qui sont exceptionnels.
Questions fréquentes
Le Flexaret utilise du film format 120 (moyen format), qui est toujours fabriqué et facile à trouver aujourd’hui (Kodak, Ilford, Lomography…). Il produit des négatifs carrés de 6×6 cm. Avec une bobine de 120, vous obtiendrez 12 photos. Mais il existe un adaptateur pour pellicule 135 sur certains modèles que je n’ai pas encore testé.
Le Rolleiflex est la légende allemande, le Flexaret est son cousin tchécoslovaque. Si le Rolleiflex offre une mécanique plus luxueuse et des optiques (Zeiss ou Schneider) au piqué légendaire, le Flexaret est une excellente alternative bien plus abordable. Il est robuste, possède une signature optique unique (surtout pour les portraits) et un système de mise au point par levier très ergonomique que le Rolleiflex n’a pas.
Absolument pas. C’est un appareil 100% mécanique. L’obturateur, l’avancement du film et la mise au point fonctionnent grâce à des ressorts et des engrenages. Cela signifie qu’il ne tombe jamais en panne de batterie, mais aussi qu’il ne possède pas de cellule intégrée : pour mesurer la lumière, vous aurez besoin d’une cellule à main ou d’une application sur votre smartphone.
Contrairement à la plupart des TLR (Twin Lens Reflex) qui utilisent une molette latérale, le Flexaret se distingue par son levier pendulaire situé sous les objectifs. On le pousse vers la gauche ou la droite pour faire le point. C’est un système très fluide qui permet de tenir l’appareil fermement à deux mains tout en ajustant la netteté.
Oui et non. C’est un excellent moyen de découvrir le moyen format à petit prix. Cependant, comme tout appareil entièrement manuel, il demande de comprendre le triangle d’exposition (ouverture/vitesse/iso). La « visée poitrine » inversée (si on tourne à droite, l’image va à gauche) demande aussi un petit temps d’adaptation, mais c’est ce qui fait tout son charme !