Étreinte de l’âme 2

Etreinte de l’âme et sensualité, deuxième rencontre

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Je repars de Rennes par le train, emplie de douceur, de sérénité, touchée par cette femme qui m’avait semblée si difficile d’accès. Au fil de nos discussions, je découvre une sensibilité presque à fleur de peau, due à des évènements récents qui l’ont profondément émue. Elle me paraît si forte, et en même temps si fragile que je me sens presque un élan de protection. Sur le quai de la gare, j’effleure l’espoir d’une nouvelle amitié naissante, tandis que nous échangeons un câlin de gratitude. Bien entendu, les e-mails reprennent sur les chapeaux de roue, chacun de nous trois déposant les émotions vécues dans chaque mot partagé. Comme elle me l’avait précisé, elle ne désire pas s’en arrêter là, tout un univers inspirant s’est ouvert à elle avec notre rencontre. C’est donc tout naturellement que nous envisageons rapidement une deuxième séance, afin de prolonger cette nouvelle expérience.

Cependant, de mon côté, la situation est plus compliquée qu’elle ne devrait. La réaction de mon partenaire est vive, une sorte de panique qui le rend insupportable à mes yeux. Toutefois, mon empathie et ce que j’ai pu développer d’amour me conduisent à tenir compte de ses demandes. Il souhaite être présent pour cette deuxième séance. J’en fait immédiatement part à mes hôtes, comme une condition sinequanone. Le débat est corsé, nous avions créé une ambiance à trois et l’arrivée d’un quatrième risque de déséquilibrer notre osmose créative. Toutefois, aucun des deux n’y est foncièrement opposé. Il était juste question au départ qu’il soit présent, mais il souhaite aussi être actif en prenant part au projet du côté des images. C’est là que ça se corse, et la rencontre autour d’un café sur Paris entre les deux hommes ne sera pas concluante du tout. Je mets cela de côté, imaginant une reprise possible dans un futur incertain.

Il ne faudra toutefois pas attendre très longtemps avant que la fin de l’histoire ne pointe le bout de son nez. Cet épisode de jalousie assumée et d’intrusion dans ma vie artistique sera suivi de quelques autres qui en finiront de la naissance de cet amour. La rupture et le dénouement sont entamés quelques semaines plus tard. Rendez-vous est donc pris avec mes deux artistes pour une nouvelle séance. Nos échanges sont maintenant plus fluides, libérés de toute contrainte extérieure, et nous envisageons la scène avec les pigments de concert toutes les deux, en phase avec nos envies de créativité autour de la sensualité. Elle prépare techniquement le lieu avec soin, tenant compte de la température qui sera plus froide dans son atelier non chauffé, en cette fin d’automne. De mon côté, je sais avoir repris quelques centimètres de chair, ce qui m’incite à penser mes postures de manière plus précise.

Cette fois, j’arrive en début de soirée, la séance étant prévue pour le lendemain. Un séjour de 24 heures donc, dans une campagne bretonne agitée du mouvement de gilets jaunes, qui nous oblige à quelques détours sur le trajet. Je retrouve leur sourire, leur douceur, leur calme, si détonant avec mon énergie bavarde et débordante d’impatience. Quelques kilomètres pour leur faire part de ma nouvelle vie sentimentale, fin d’une histoire et début d’une autre. Mais cette fois, il semble que j’ai affaire à un homme respectueux de ma liberté chérie, absolument pas intrusif et si discret tout en étant présent. Le parallèle est forcément surprenant, entre ce que j’ai vécu deux mois auparavant, et ce que je m’apprête à vivre maintenant. Il m’a souhaité un bon moment, ne m’a pas contacté du reste du séjour, et j’ai eu envie de le voir au retour. Tellement en phase avec ce que je souhaite. Gratitude à toi et à la vie.

Nous allons donc projeter des pigments dans l’air. Se pose alors la question du risque de salir les vêtements de notre photographe et de son retour par le train à la suite. C’est donc tout naturellement que je propose, me souvenant du projet initial qui n’avait pu se faire pour cause d’autrui, qu’il soit lui aussi entièrement nu. Après tout, nous serons à égalité face au froid qui nous attend peut-être pour ces quelques heures de peinture. C’est ainsi qu’aux alentours de 11h, nous nous retrouvons tous les trois en tenue d’Eve et d’Adam, entourés des quatre murs de studio photo fraîchement peints en noir, et recouvert d’une toile plastique transparente laissant passé la lumière mais non la chaleur diffusée par le radiateur de chantier qu’elle a installé. Chacun occupé à ses préparatifs, j’en profite pour prendre et publier quelques photos de détails comme j’aime le faire de ces moments suspendus que j’affectionne. Et pour être suspendu, celui-ci va l’être intensément.

L’ambiance est à la bonne humeur, à la légèreté, beaucoup plus qu’au début de notre première fois. C’est évident, nous sommes en confiance, nous avons déjà fait connaissance. Je me sens aussi d’être plus active et je me prends au jeu des textures. La prise de contact se fait très rapidement sur le ton du toucher réciproque, dans la sensualité féminine qui nous transporte. Elle souffle les pigments sur ma peau, étale la poudre blanche ou ocre, dépose délicatement d’autres poudres sur mes seins, le creux de mes reins. L’effet est à la fois esthétique et enveloppant, presque chatouillant. Il m’est alors très facile d’entrer en contact avec les frissons que me procurent ces instants. J’ai spontanément envie qu’elle le vive aussi, je reproduis ses gestes, avec timidité et détermination. L’idée est que nos corps aussi soient en osmose, en prolongement de nos âmes connectées.

Elle a intelligemment disposé le grand miroir, de sorte que je puisse dès le début contempler et vivre aussi par le toucher des yeux le résultat de son œuvre, instantanément. Ayant encore les images de la première séance en tête, je n’hésite pas à amplifier mes mouvements, à forcer mes postures, à être attentive à mes expressions, corps et visage. Il serait tellement dommage de gâcher un si beau moment. J’entends le clic clic clic de l’appareil photo qui se déchaîne, presque à chaque seconde : il ne veut pas en perdre une miette. A ce moment, je me surprends à penser que le tri va encore être fastidieux et je n’ai pas encore conscience qu’il n’a pas vraiment le choix. Il capte une scène qui bouge à chaque instant, et dont il ne peut délibérément choisir celui qui sera le plus beau. Alors, il mitraille et mitraille encore. Sur 3700 photos prises, je vais en conserver 281.

Le tableau prend rapidement forme, au pinceau et au doigt qu’elle ose maintenant utilisé, grâce à la présence des pigments. Ce nouveau toucher ajoute une dose de sensualité à notre scène, et devenait incontournable. Nous oublions de faire une pause, emportée dans notre élan de créativité. Je l’observe tandis qu’elle admire son œuvre et l’envie me vient d’essayer de la peindre également. Comme une inspiration soudaine qui ne m’est jamais venue auparavant. Je me suis d’ailleurs toujours demandée comment les artistes pouvaient déposer leur imaginaire sur les toiles qui me remuent le regard. Alors j’ose, puisque c’est mon leitmotiv. C’est alors que je m’émerveille de ce qui se dépose sur son corps, à son tour. Je n’en reviens pas de ce qui m’arrive, nous arrive. Non seulement, elle me laisse faire, mais semble y prendre également du plaisir. Les rôles sont maintenant inversés, sans que je sois complexée par ma totale incompétence en miroir à ton talent certain. Après tout, je n’ai rien à prouver, juste à vivre ce qui vient.

Impossible de savoir combien de temps nous sommes là, le temps n’a plus aucune importance, notre bulle nous emporte loin des tumultes du monde. Nos deux corps peints des mêmes couleurs commencent à se rapprocher pour qu’il en prenne de beaux clichés. Les pigments s’évaporent progressivement au toucher de nos peaux. Nos mains s’entrelacent, tandis que nos corps se détendent. Nous évoluons doucement, laissant ainsi le photographe capter chaque instant de notre rapprochement sensuel. Tout est alors délicatesse, douceur, caresses. Nos gestes se répondent, se font écho, sans précipitation, sans excitation. Nous dansons de nos corporalités, laissons nos membres gracieux se déposer sur la peau matifiée par les pigments étalés. Les œuvres peintes sur nos peaux évoluent au gré de nos caresses, s’effaçant progressivement pour laisser place à une uniformité très douce et parfaitement assorti au parquet brut qui nous reçoit.

Et puis, il y a ce moment où je bascule complètement, le laisser-aller et le lâcher-prise prennent le dessus et en ont raison de mon mental. Je ne suis plus que peau, frisson, sensation, beauté aussi. Je nous trouve belles, je suis à cet instant persuadée que les photos vont être magnifiques, parce que l’instant l’est. Je suggère d’utiliser le billot composé d’un somptueux tronc d’arbre pour continuer nos échanges sensuels. Les poses seront encore différentes de celles réalisées au sol jusqu’à présent, et d’autant plus intéressantes. C’est ainsi que nous clôturerons la scène quatre heures plus tard, dans les bras l’une de l’autre. Nos visages baignés de cette gratitude indescriptible, quand nous offrons notre jouissance ou que nous accueillons celle de l’autre.

Je ne connais pas son expérience saphique, mais j’ai senti son désir. Et pour une vraie première fois, je n’ai eu aucun doute. Je n’ai eu qu’à écouter son envie, si clairement exprimé par tous les pores de sa peau, par son expression du plaisir, son souffle aussi. J’en ai presque oublié la présence de notre capteur d’images, se faisant si discret et pourtant participant de notre plaisir exhibitionniste. Faire l’amour à une femme, et lui offrir ma jouissance devant un objectif, était un fantasme assumé qui devait arriver de manière on ne peut plus naturel. Toute la puissance de nos sensualités exprimées s’est retrouvé déposée sur le clichés, sans aucun doute. Un moment à jamais gravé dans nos esprits, peaux et cœur, mais aussi sur les images et dans les mots que je dépose maintenant. Inoubliable trio artistique au complet : peinture, images et mots.

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