Ou comment me faire surprendre par mon lâcher-prise. Quand je ne fais plus de projection, quand je n’ai plus d’attente, et quand de belles choses arrivent. Cela fait un moment que j’essaie de ne plus contrôler, des mois, voire même des années. C’est un long apprentissage, une déconstruction des schémas, qui portent ses fruits de plus en plus et m’incite grandement à continuer. Ayant lu que j’aimais être guidée en séance, il me demande si je suis joueuse. Jusque-là, les échanges ont été classiques : des projections d’images sur le corps, une date fixée depuis 3 mois, une extension vers une série de clichés en forêt, puisqu’on a prévu de passer la journée complète. Oui je suis joueuse, mais tout dépend du jeu. Il m’indique donc que je recevrai des instructions une fois en route pour le rendez-vous fixé à 8h40 en gare de banlieue est. Je suis intriguée sans y penser plus que ça. Je verrai bien le moment venu.

Le cadre du jeu

J’ai affaire à quelqu’un de précis. Deux jours avant la séance, il m’indique le programme par e-mail :  « Comme la météo est incertaine, je souhaiterai commencer par le landscape nude de 9h à 11h s’il ne pleut pas, pour ensuite faire un autre thème bien plus agréable qui vous permettra de vous réchauffer de 11h à 12h ; repas de 12h à 12h30 ; 12h30-13h petit thème que je vous expliquerai en chemin ; 13h-16h projections. A apporter : une paire d’escarpin, une paire de vieilles baskets, de la lingerie fine de couleur bleue, rouge ou noire, une robe ou un vêtement facile à enlever pour changer de spot rapidement en forêt, un sac à dos pour ranger tout ça. Code esthétique : ne pas porter de sous-vêtement pendant l’heure précédente (du coup depuis chez vous), être rasé au plus près du pubien (pas de Chewbacca), jambes et aisselles rasées aussi ». C’est limite plus chargé qu’une journée de travail ordinaire !

Je pars donc à 7h30, entièrement nue sous ma robe bleue. Je suis détendue et confiante, un tantinet excitée par ma nudité inhabituelle. Je pense que je vais passer une bonne journée et mon enthousiasme m’incite à annoncer le menu sur les réseaux sociaux. J’ai 20 minutes d’avance quand j’arrive à la gare de destination où il doit passer me chercher. J’aime respecter les consignes, par respect pour l’organisateur et par jeu de soumission. Mais quand je reçois le premier sms, je n’en mène pas large : « Lorsque vous serez sur le parking de la gare, vous fermerez les yeux. Je vous ferai monter dans la voiture et je vous mettrai un masque sur les yeux ». Hmmmmm, là il faut que je réfléchisse. Mon cerveau se met à clignoter, pèse le pour et le contre, mesure les risques.

Premier contact

Ce ne serait pas la première fois que je rencontre une nouvelle personne dans le noir, pour l’avoir fait avec un homme et une femme domina, qui sont tous les deux devenus des amis. Mais cette fois, je n’ai ni photos, ni contact de voix et je me dis que c’est quand même dangereux. L’adrénaline est en train de se diffuser dans mes veines. J’adore ça. Je glane des infos pour me rassurer. La veille, j’ai été interpelé par un nouveau contact sur Instagram avec le même prénom. Sur son site, le même bandeau avec les photos de projection, sauf qu’il s’agit d’un photographe de mariage et de femmes enceintes. Il y est en photo avec sa femme, tout ce qu’il y a de plus classique. Je retourne donc voir les infos de son tout premier mail, et me rends compte que ce n’est pas le même site internet. Je suis confuse car je ne sais pas du tout qui il est, finalement.

Qu’à cela ne tienne, le temps presse et il est sur le point d’arriver. Je décide de lui faire confiance. Je me tiens donc sur le parking, les yeux fermés, le palpitant en action. Tous mes sens s’allument : j’entends une voiture s’approcher, s’arrêter. C’est sûrement lui. Il m’adresse un « bonjour ». Premier contact avec la voix. Elle chante un peu, sa voix. Plutôt agréable. Il me fait la bise. Je suis tellement à l’écoute de la moindre information que je me laisse embrasser sans rendre la pareille. Deuxième contact avec l’odorat et le toucher. Il est doux et il sent bon. Il me place le bandeau sur les yeux comme prévu et ouvre la portière de la voiture. Troisième contact avec la peau. Il me guide par le bras pour m’assoir. Je sens sa peau douce et ses bras musclés. J’y suis, je suis en train de réaliser un fantasme. Celui de rencontrer un inconnu total. Et va savoir pourquoi, je suis persuadée que sa peau est noire, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Faisons connaissance

La conversation s’engage facilement pendant les 15-20 minutes de trajet. Je me sens dans la peau d’une non-voyante et c’est déjà très troublant. Nous parlons de la situation pour le moins originale. Il dit avoir eu l’idée comme ça, hier, subitement. Ça me plait, je me sens à l’aise et du coup, je lui demande s’il est noir. Sur un ton un peu surpris, il infirme mais il a un petit accent du sud. Comme quoi l’imagination est incroyable. D’ailleurs, je lui confis également ma petite enquête sur les deux sites internet, et lui avoue que je n’ai aucune idée de ce à quoi il ressemble, puisque j’ai confondu avec le profil de l’autre photographe. En clair, l’autre gars m’a semblé bien trop sage pour l’imaginer faire ce genre de propositions incongrues.

Nous arrivons à destination. Je lui prends le bras pour parcourir le kilomètre restant, sur un chemin de forêt plutôt praticable. Nous croisons des promeneurs à plusieurs reprises, et nous éclatons de rire après les salutations d’usage. Cela me fait vraiment bizarre de dire bonjour à quelqu’un que je ne vois pas. Mais c’est encore plus drôle d’imaginer leur surprise de nous voir ainsi. Il me guide alors dans les sous-bois, le terrain devient plus accidenté, branches au sol et en l’air, senteur mouillée et apparition de quelques moustiques affamés. C’est ainsi que je me mets à poil en pleine forêt devant un inconnu, pour la première fois. Je me délecte du contact si brut avec la nature. Le sol est froid et humide et la terre est glissante. Premier spot sur une petite butte de terre recouvert de mousse. Je n’ai aucune idée de ce qui m’entoure, et je conserve méticuleusement les yeux fermés quand il m’enlève le bandeau.

Nudité primaire

Nous faisons quelques mètres, pour venir m’assoir à califourchon sur un tronc d’arbre recouvert de lichens encore frais. Mon entrejambe se retrouve posé à même la végétation. La surprise est proportionnée à la sensation nouvelle. Il me pulvérise de répulsif à moustiques. C’est aussi une sensation agréable, j’aime qu’on s’occupe de moi. Il n’hésite pas à me toucher pour ajuster mes positions, un toucher des plus respectueux. A aucun moment je ne sens d’intentions déplacées, et pourtant je n’ai pas eu la confirmation des yeux pour rassurer mon instinct. L’expérience prend de la puissance, crescendo.

Le vouvoiement est de mise, et j’apprécie cette distance. Le tronc d’arbre servira à plusieurs clichés, assise, allongée, debout à marcher dessus. Je suis obligée d’ouvrir les yeux, c’est alors que je découvre mon environnement, mais pas encore mon hôte. Le jeu est bien trop plaisant pour qu’il ne s’arrête déjà. Il me dirige vers un endroit qui me fait frémir à l’ouïe : je perçois le bruissement de l’eau. Mais quelle est froide ! et que les moustiques s’en donnent à cœur joie. Quelques clichés pour en finir, avant de revenir auprès de quelques arbres accueillant ma nudité primaire.

Il ne fait pas si chaud que ça, et je commence à être fatiguée. C’est alors qu’il me propose de me laisser rejoindre le parking seule, avec mes chaussures, ma robe ou mon sac à dos au choix. Je choisis la robe, car j’aime marcher pieds nus dans la nature. Forcément, une fois les yeux ouverts, je perds le sens de l’orientation et comme le temps presse, il me laisse marcher devant lui sur le chemin du retour.

Quelques indices plus tard

Je remets mon masque en voiture. Il doit passer acheter un truc sur le trajet. Il est curieux de savoir ce que j’ai imaginé pour la séquence suivante, celle qui doit être bien plus agréable. L’état de souillon dans lequel je suis m’inspire un bain chaud. Et cela me rappelle cette photo vue sur Internet d’une femme dans une baignoire avec des fleurs autour d’elle. Je lui propose de lui montrer plus tard. Il ne répond rien. Seule pour quelques minutes, je profite d’informer les réseaux sociaux de mon avancée : « C’est fou comme le temps passe à l’aveugle. 3h plus tard je n’ai toujours pas vu mon photographe ! ». A peine le temps d’écrire la phrase que je reçois un sms : « Pas de tweet ? ». Il doit être en train de me surveiller… cela m’amuse vraiment. A mon « si », il répond presque immédiatement : « J’arrive ». Juste le temps d’écrire sur Twitter : « Il arrive… je coupe ! ». Très stimulant pour mon cerveau joueur*.

Une fois chez lui, j’investis les toilettes, qui se trouvent dans la salle d’eau. J’y découvre des indices sur mon inconnu, avec le soutien-gorge blanc de Madame, et le peignoir de l’enfant. Il a donc une famille. Tandis que je choisis ma pizza pour le déjeuner sur le dépliant proposé, je repère un pack de six litres de lait à côté de la porte d’entrée, ce qui confirme dans mon esprit l’existence d’un enfant. Il me fait monter à l’étage et m’allonger sur un lit. J’en profite pour me reposer avant le prochain shooting. Il choisit ce moment pour me parler de la petite idée bonus dont il devait me faire part : il aimerait que je me fasse jouir pour réaliser une sorte de photomaton, avant-pendant-après. Je refuse. Il n’insiste pas. Je le ferai un jour, mais pas là. Pour préparer l’ambiance suivante, il fait couler de l’eau et me confirme que j’avais bien deviné ! Je suis ravie.

Un bain de lait !

Une fois glissée dans la baignoire à peine emplie d’une vingtaine de centimètre d’eau, je prends position. J’ai l’impression qu’il y a de la mousse, c’est très doux. Quelques clichés plus tard, il me demande si je n’ai rien remarqué de particulier dans ce bain. Non, je suis tellement détendue et dans l’abandon, que je ne percute pas du tout, mais alors pas du tout. Il faut que j’entrouvre les yeux pour découvrir ce que vous avez peut-être déjà compris : je suis dans un bain de lait ! Mon étonnement est donc encore plus savoureux.

Et c’est seulement quand il me demande si j’ai compris ce qu’il avait acheté, que je saisis que nous allons faire cette photo avec les fleurs dans l’eau blanche. Je n’avais même pas imaginé que cela puisse être du lait. Parfois, je suis si ingénue que je me surprends moi-même. C’est quand même dingue que nous n’en ayons pas parlé auparavant, et que l’envie soit si synchrone. Et l’odeur de ses fleurs quand il les déverse autour de moi, des roses c’est sûr. Je les imagine rouges. Je suis aux anges.

Décidément, sans se connaître, ce garçon de 10 ans mon cadet vient de me faire vivre une, deux, trois voire quatre premières fois en l’espace de quelques heures. Mais la plus grande surprise reste à venir : les fleurs sont en fait de magnifiques pivoines roses, de celles qui figurent parmi mes préférées. Elles sont si odorantes que le souvenir olfactif me poursuit encore. Et il ne pouvait pas le savoir. Je suis au comble de la surprise et je savoure pleinement. Quand je redescends, toujours les yeux fermés, il se place derrière moi et me donne le choix entre ma robe ou découvrir enfin son visage. Il est 13h30.

La libération

Je mangerai donc dans ma tenue la plus naturelle : totalement nue ! Il est brun, grand, fin, muscles secs. Eyes contact : gentil, un peu timide. Il me le confirmera par la suite en parlant des progrès que les séances photos lui ont permis de faire depuis quatre ans. Et je veux bien le croire. Il me demande si je le reconnais. Merde, je doute. On se connaît ? qui, quand, où ? Je lui réponds que cela doit faire longtemps alors… il me fait penser à quelqu’un mais… Il me dit : « Vous m’avez vu hier ! ».

Je ne comprends plus rien. Je suis déboussolée par tant d’émotions durant ces cinq heures plongée dans le noir. Encore un indice : « Rappelez-vous ce que vous m’avez dit dans la voiture ! ». Hein ? quoi ? Il est donc bien le même photographe dont j’ai vérifié les sites ce matin dans mon instant de légère panique. Il a dû bien jubiler quand je lui ai raconté ma petite confusion, en effet. Comme quoi, il ne faut jamais se fier aux apparences : se faire confiance et suivre ses intuitions. En tous les cas, moi, cela m’apporte bien des ravissements. Vivement les photos maintenant.

2 Replies to “Un shooting à l’aveugle”

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